Jeudi Saint : 5 avril 2007

Livre de l'Exode : 12, 1... 14 : “La Pâque du Seigneur.”

Psaume 115 : “Voici la Pâque du Seigneur au milieu de son peuple.”

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1Co 11, 23-26 : “Le repas du Seigneur.”

Evangile selon saint Jean : 13, 1-15 : ” Le lavement des pieds.”

 

Méditation de Jacques Lancelot

 

 

Dans cette eucharistie qui commémore l’Institution, l’invention du sacrement de l’Eucharistie, nous opérons un commencement.
Nous pouvons, en effet, dire que la vie chrétienne commence avec Jésus, le Christ, l’envoyé de Dieu, le Messie qui se donne par le pain et le vin, mystérieusement transformés en son corps et en son sang. Il se donne pour que nous arrivions à abandonner le monde ancien afin de revêtir la nouveauté.
Dans le Nouveau Testament, il y a de nombreuses expressions pour signifier ce renouvellement.
L’homme nouveau prend ma place du viel homme qui est en nous.
Ou encore : à vin nouveau, outre nouvelle. Si l’on met du vin nouveau dans des tonneaux usagés, ceux-ci vont éclater sous la pression du jeune vin au travail. Seul le bois neuf pourra contenir la puissance de la nouveauté.
Au cours de ce repas de fête, que Jésus a attendu avec grand désir, un don immense est fait ; un don offert à toute l’humanité par la médiation des apôtres. Il est offert non pour que la communauté des Douze, et à leur suite l’Eglise, se referme sur elle-même, mais pour que tous les baptisés reçoivent la force d’œuvrer dans le monde au nom du Ressuscité.
C’est lui, effectivement, qui opère dans le pain et le vin la présence de son propre sacrifice. Sacrifice unique, vécu une fois pour toute ; sacrifice tellement efficace pour enlever le péché des hommes qu’il n’est pas utile de le refaire, puisque déjà tout est accompli.
L’auteur du discours aux Hébreux explique bien tout cela. Ce que nous revivons n’est pas un nouveau sacrifice expiatoire, mais le prolongement du sacrifice du Christ. Nous en faisons simplement mémoire. Nous nous disposons à accueillir Jésus, le Christ, qui se donne en supprimant nos fautes pour que nous nous donnions à autrui.  

Comment accueillir en nous le Christ ?
Voilà la grande question que nous devons nous poser.
« A quoi devons-nous, dans notre communauté humaine et ecclésiale, renoncer pour accueillir l’immense nouveauté du Christ ?
Ou encore :
Qu’est-ce qui doit recommencer pour que commence, chez nous, la venue du Seigneur ?
Et je me pose ces questions sans aucune abstraction. Les élections que nous préparons sont directement concernées par notre accueil de Dieu en Christ.

Jeudi-Saint. Qu’est-ce qui se commence autour de cette table festive alors que Jésus exprime qu’il a vraiment désiré prendre, dans la joie, ce dernier repas avec ses disciples les plus proches, les Douze apôtres. Qu’est-ce qui se commence à la dernière cène ?

La Passion, bien sûr, comme nous allons le rappeler, demain (vendredi saint), devant le corps du Christ mort, exposé à notre contemplation. Nous méditerons sur les souffrances mortelles du Christ qui se demande dans le jardin des oliviers, au plus noir de ce vendredi, pourquoi Dieu l’abandonné. Or, dans cet abandon commence aussi le peuple nouveau ; un peuple qui prend naissance dans la communion au Christ abolissant dans l’humanité entière toute sorte de division.

Abandon – renaissance.
A quoi devons-nous mourir pour que naisse le monde ?
C’est simple, nous devons mourir à tout ce qui divise ; nous devons créer des liens qui unissent.
Notre mission de chrétiens consiste à construire l’homme pour qu’il se tienne debout ; harmonieusement. À chaque fois que nous avons construit ainsi notre monde, nous avons marché avec le Christ. Nous avons emprunté la route qui conduit à la Résurrection. Nous avons travaillé à la libération de tous ceux qui sont encore esclaves soit de la misère, soit de la richesse.
Imitant le Christ, nous avons tué l’aliénation pour répandre la liberté. Nous avons servi autrui. « Si je vous ai lavé les pieds, moi le maître et le Seigneur, vous devez, vous aussi vous lavez les pieds les uns des autres. »

Dans notre vie actuelle, qu’elle est, pour la multitude, le chemin de la résurrection ?
Cherchons la réponse en regardant l’heureuse nouvelle du Christ.
« Vous devez, vous aussi, vous lavez les pieds les uns des autres. »
C’est ce que, liturgiquement, nous avons célébré. Vous en avez compris le symbole. Vous avez été, émotionnellement saisi par lui. Il ne revient pas au seul sacerdoce, pape, évêque, prêtre d’accomplir ce geste dans l’imitation rituelle du Christ. Tous les baptisés sont concernés. Et Dieu souhaite non seulement que tous les membres de l’Eglise se rendent mutuellement service, mais aussi que les chrétiens rendent service à l’entière humanité par une attention particulière à leur prochain, notamment les plus délaissés de l’Eglise (l’Institution) et de la société libérale.
Le Christ se donne. Il se livre. Personne ne lui prend sa vie. Il a tout donné à la Sainte Cène ; librement. Dans la nécessité de mourir, ou de l’impossibilité d’éviter la mort, il a posé un acte de liberté. Cette liberté est déjà celle de la résurrection.
Prenons-nous la mort comme la porte nécessaire de la résurrection ?
Si oui, agissant ainsi, en célébrant la messe, nous louons Dieu pour notre propre résurrection encore à venir. Et, à notre louange, nous ajoutons la supplication pour qu’il en soit vraiment ainsi.
Seigneur, que vienne ton règne.

Michel Durand

 

Méditation de Jacques Lancelot

Il prit le pain… et le tablier de service

St Jean, dans son Evangile, ne relate pas l’institution de l’Eucharistie. Il met à la place le lavement des pieds. L’Eucharistie a donc une dimension de service, une dimension sociale. Le service du frère fait partie de l’Eucharistie. J’ai voulu relier les deux

Jésus, au cours du repas, le Jeudi Saint,
s’est levé de table, a déposé son vêtement.
Il prit un linge, versa de l’eau dans un bassin
et commença à laver les pieds de ses disciples.

Jésus, à cette même table, au cours du même repas
prit le pain, rendit grâce et le partagea avec ses disciples
en disant : « Ceci est mon corps ! »


Aujourd’hui, Jésus prend le pain
et me le donne en nourriture.
Il prend ensuite le tablier de service
et me le passe à la ceinture.
Avec ce  Pain, Seigneur Jésus, viens nourrir en nous la force d’aimer !
Et chaque matin, viens nouer à notre ceinture, le tablier de service.
Nous sortirons alors et travaillerons à humaniser un morceau de notre monde.
Ton Esprit le divinisera et en fera ton Corps et ton Sang consacrés.

Mais en attendant
Je te vois Jésus, sous les traits des immigrés.
Ils le sont, comme toi en terre d’Egypte, tu l’as été.
Ils courent le monde en quête d’une terre plus hospitalière
que celle qu’ils ont laissée dans l’insécurité ou la misère.
Terre qui, pourtant leur était si chère !
Les portes de nos pays leur sont fermées
Mais avec l’énergie du désespoir, obstinés,
ils entrent... la peur au ventre,
avec pour seule richesse, quelques bonnes adresses.
Ils frappent, et là,
des hommes, des femmes les reçoivent, en tablier de service.
Ils ont même commencé d’apprendre le russe, l’arabe et l’anglais,
pour les accueillir dans leur langue et débroussailler leurs papiers.

Je te vois Jésus, sous les traits des prisonniers.
ils le sont aujourd’hui, comme tu l’as été.
Privés de liberté, ils ont soif de visites et de respect.
Et je vois des hommes et des femmes,
paisibles et sereins qui se sont avancés,
ils ont noué le tablier de service et sont entrés,
cette semaine encore, rendre visite à leurs frères prisonniers.
Prenez et mangez
Ils sont mon corps.